Nous allons vivre un "petit" pèlerinage tour du monde, UN tour à DEUX à QUATRE roues... à la découverte de toi, de moi, à la rencontre des autres, à la suite du Christ et du Bouddha, sur les terres d'ici vers un là-bas...
Rien que nous… et Dieu… « Ca, c’est l’aventure, comme j’aime », me lança mon homme… « Il ne nous reste plus qu’à prier et compter sur Dieu ! », poursuit-il… Oui, compter sur Dieu pour qu’Il ouvre la route… une route qui s’effilait de plus en plus au point de devenir un maigre tracé entre l’autoroute sur le flanc de la montagne à notre gauche et le lac, en contre-plongée à notre droite… Nous continuions jusqu’à un barbelé… Faire demi-tour ? impensable… Contourner ? invraisemblable… Ouvrir le barbelé ? im… si, possible. William commença à le dérouler, jusqu’à l’endroit où il fallut le sectionner…
Nous passions, refermions, et sans regarder en arrière, avancions ! Pour combien de temps ?

Ce midi, un abri-repas fut à la hauteur de ce jour-anniversaire : une église dédiée à la Vierge Marie, où nous savourions, à l’ombre d’un figuier,… de succulentes pâtes sauce tomate-basilique (on en trouve devant chaque église orthodoxe, peut-être un prêtre pourra nous éclairer quant à leur vertu) !
La route semblait à peu près « praticable » malgré trous, passages gravionneux. Puis, à nouveaux : barbelés, tissés entre poteaux cimentés… Bis… Nous passions en catimini et repartions. L’ascension n’en finissait pas malgré les encouragements de mon homme à me faire espérer à chaque montée que c’était la dernière !
Ma prière du chapelet était rythmée par la cadence, par les zigzags en travers de route atténuant le dénivelé, et comme illustrée par ces églises-miniatures jalonnant tout le pays. La nuit commençait à tomber. William souhaitait à tout prix pour l’occasion de ce jour nous trouver un endroit moelleux… Autant vous dire, qu’il visait un hôtel et un petit restaurant ! Nous atteignons enfin le sommet !
Rien à l’horizon, ou plutôt, si : collines, autoroutes, et mer au loin. Nous « escaladions » un sentier pour nous poser, épuisés de plus de 50 kilomètres. Le cadre rêvé au soleil couchant pour festoyer !
Menu : foie gras, transporté depuis notre départ, salade de maïs agrémentée de tomates (ramassées dans un champ sur la route), et crème de marron offert par ma sœur (et oui, tu étais de la partie… Enfin, on a trinqué avec vous tous… à l’eau !)… Quant à notre hôtel : tente de luxe, tout compris !
Nous dévalions en ce mardi 28 au matin, nos kilomètres effectués la veille… Après une nationale convenable, tout à coup, un sens interdit, puis fin de notre route ! Coupée… face à des barbelés derrière l’autoroute. Nous rebroussions chemin et réalisions qu’il n’y avait que deux solutions : prendre cette route appelée nationale -mais faisant apparemment fi d’autoroute- ou faire des dizaines de kilomètres de détours dans la haute montagne.
La première formule fut vite optée. A l’entrée d’une bretelle, nous allions trouver l’agent dans sa cabine pour lui demander la permission. Désapprouvant tout d’abord, il nous fit ensuite signe avec un ok pour que nous nous y élancions. La police nous doubla, on nous klaxonna à quelques reprises (était-ce pour nous encourager, ou ?), mais rien ne semblait anormal…
Donc nous « tracions » à belle allure, sur cette magnifique nouvelle route qui s’avérait être… une autoroute ! 30 kilomètres par-ci, par-là en un rien de temps ! Ce n’est qu’au bout de trois jours, en nous retrouvant à un poste de péage, qu’on nous fit remarquer simplement que ce n’était pas permis pour nous ! (Ce dont nous nous étions un peu douté…)
Mais telle est la Grèce, sans loi… sans casque pour les motards, sans feux de circulation (ils clignotent ou ne fonctionnent pas), sans barrière de train (un homme se plante soudain au milieu de la chaussée pour arrêter les voitures, le temps que le train passe…), sans les trois-quarts des ingrédients sur une simple carte de taverne, sans clôture de ferme (ce qui nous vaut, tous les trois kilomètres, en plus des chiens errants, de nous retrouver avec un chien enragé à nos trousses !
Heureusement, William gère très bien « l’affaire » ! Mieux que notre engin-répulsif électrique, il les arrête d’un coup de bâton ou d’un cri magique !), sans prix affichés (d’ailleurs, à ce sujet, nous étions surpris de voir ô combien la vie y est chère, et quand les prix sont mentionnés, attention les arnaques…)
La liste pourrait être longue. Oserai-je en ajouter de notre point de vue : sans contact réel… Presque trois semaines en effet que nous arpentons ce pays et nous n’avons jusqu’à ce jour eu que des relations « d’intermédiaire » : mairie, paroisse, hôtel. Sans doute n’aurons-nous pas cette chance de rencontrer « de l’intérieur » des Grecs mais peut-être avons-nous l’explication la plus probable : la crise est passée par là.

Les gens sont obligés de s’entasser à deux, trois générations dans une maison ; et alors, quelle place peut-il bien rester à l’étranger ? La crise… Serait-ce elle aussi qui leur aurait volé leur sourire ? O combien ce peuple a le regard vide, terne, à la couleur des vêtements des femmes le dimanche matin, lors de la célébration de la messe : noirs…
Cela et nos petites « misères » ne nous empêchaient pas de garder notre joie de vivre, notre lumière à irradier, tout comme nos « je t’aime » hélés au vent, ou nos coups de klaxon d’amour pour nous rappeler que « rien n’est jamais acquis », ou simplement pour faire un coucou vivant, en passant…
Il est certains endroits, d’ailleurs, que nous passions plus vite que d’autres, quand on nous guida dans un village, à la recherche d’un simple abri, sûr, et qu’on nous proposa un « trou à rat », sous le regard de jeunes albanais avides et d’un prêtre… pas très orthodoxe !
Malgré le soir descendant, la nuit ne nous arrêta pas et nous trouvions refuge, une fois de plus, à l’abri de la Vierge Marie, à l’arrière d’une petite chapelle, à quelques kilomètres de là.
Nous allions de découvertes en découvertes, d’abandon en abandon… toujours plus vers le Nord, entre collines arides, champs de coton, cognaciers… (A ce propos, savez-vous que le coing se laisse croquer savoureusement, lorsqu’un petit creux vient faire place dans votre estomac ? -Nous ne reculons devant aucune expérience-…)
Un sacré vent du Nord nous faisait redoubler d’efforts, non des moindres, étant donné les dénivelés ! Quand votre compteur affiche une moyenne de 10 km en une heure et demi, heureusement qu’il vous reste l’espérance ! (D’ailleurs, vous aurez noté notre humilité grandissante ! Nous n’avons pas brandi notre compteur à nos 2000 bornes… mais nous n’en étions pas moins heureux, nous vous l’avouons !)
Après le ciel étoilé d’un soir, un abri de plage (béni vu les gouttes de pluie qui tombèrent) le lendemain, nous eûmes droit à une église, au-dessus de notre tête ! Le rituel de la fin d’après-midi de notre samedi ne changeait pas : chasser un lieu pour aller à la messe le dimanche. Ce que nous fîmes ce 2 octobre. Premier refus dans une paroisse, hôtels complets ou « arnaqueurs », nous patientions donc à l’ombre d’une autre église, persévérants.
Le prêtre aurait bien voulu nous éviter… A la place, il nous proposa le terrain vague d’en face, parsemé de débris de construction inachevée, -cliché assez fréquent qui donne à ce pays un air parfois apocalyptique-… Nous sentions que nous le bousculions… Ahh, comme elle est éprouvante Seigneur, la mise en pratique de ton évangile d’amour !
Après un temps de réflexion, une petite salle de catéchisme, sous-terraine, nous fut gentiment octroyée. Il fallut négocier « dur » pour l’obtention d’une clé. Mais lorsqu’ils comprirent que nous étions précisément là pour participer à une messe, les cœurs s’ouvrirent. Les sourires n’en naissaient pas pour autant… Une paroissienne, déléguée par un des prêtres nous apporta soudain lait, brioche et pomme… sans doute pour le petit déjeuner.
Nous entamions déjà ces douces provisions pour notre dîner… Seuls les cafés étaient ouverts, seuls les hommes y étaient attablés, seuls nous étions « étrangers », l’été avait bel et bien fait place à une fraîcheur, que seul l’amour peut réchauffer.
Le réveil matin fut carillonné par un harmonieux tonitruant son de cloches ! 7h30 : matines oblige ! Après la longue célébration, une collation typique fut offerte : café grec, brioche, noix, dragées… Nous étions toujours surpris du dénouement de la messe. La communion en était le terme. A peine le pain, corps du Christ, en bouche ou encore en main, les gens « caquetaient » et allaient de toutes parts, quittant l’église comme une véritable basse-cour…
Aucun recueillement. Certes, nous n’avions guère de références quant à cette confession. Le plus surprenant, ce matin-là, fut qu’à la sortie, nous nous confions, l’un à l’autre, le manque de la liturgie auprès de nos fraternités de Jérusalem… Oui, cher Frère Yvan-Pierre, chère communauté de paroisses, nous ne vous oublions pas !
Notre monture prête, nous poursuivions notre route, malgré ce jour du « repos du Seigneur ». Il veillerait bien certainement pour nous l’octroyer en lieu et en heure…

C’était le temps de la récolte du coton. Les champs et bas-côtés de notre route, en plus des bouteilles et cannettes, revêtaient un aspect de léger manteau neigeux… Au bout de 30 kilomètres sans pause, les cols enfin derrière nous, nous profitions d’un petit bourg pour nous rassasier.
Mais il était 15h00 et nous étions dimanche ! L’unique rue piétonne était quasi déserte. Nous la traversions avec cette impression de ressembler à des extra-terrestres… (Un extra-terrestre soudainement chanceux, car sous la roue de son vélo, William dégota un billet de 20 euros ! -Il faut avouer qu’il demande régulièrement au Bon Dieu que nous ne manquions de rien !- Cela nous mit donc doublement en appétit et en joie que le Seigneur nous offrait notre repas dominical !)
Quelques âmes animaient les cafés qui, seuls, semblaient ouverts. Mais au bout de la rue, un petit restaurant. Nous parquions tout notre attirail et demandions s’il était possible de consommer. Nous arrivions trop tard, il fermait. On prit donc place sur un banc, au bord de la route, pour déballer nos boîtes de maïs-boulettes et partagions ce festin avec un vieux chien.
En fin de journée, à l’affichage de plus de 45 km, nous entrions dans un petit village, Niki. Un petit clocher, un petit monsieur, un petit groupe de jeunes adolescents parlant l’anglais… un petit sacristain, notre petit mot… un petit moment de patience…
Quelques temps plus tard, nous étions escortés par deux mobylettes jusqu’à une salle paroissiale au côté d’une église dédiée à saint Nektapiok. Cinq œufs, des pommes, du pain, des clés, un toit, une nuit… Tout à coup, avec le « téléphone-grec », du monde s’était mobilisé pour nous, sans que nous ne comprenions tout, simplement en faisant confiance ! Quelle chance ! Quelle bénédiction ! Nous savourions ce soir-là, comme si cela avait été du caviar, nos œufs (alors que je n’ai jamais vraiment aimé cela). Cela faisait plus d’un mois que nous n’en avions mangé !
Nous quittions ce petit refuge sous la grisaille, le cœur heureux, les klaxons claironnant à la volée nos deux sacristains venus nous saluer. Direction Larisa, grande ville incontournable pour pneus, chaîne et phare du vélo de William à changer. Le stress, la « faune » citadine nous plongèrent rapidement dans une autre réalité que celle des derniers jours désertiques.
Nous tentions l’option « mairie ». En arrivant devant le bâtiment haut de quatre étages, nos réflexions se croisèrent. Cela risquait de se passer de façon bien différente des petites bourgades précédentes (service social et toute une procédure peut-être) ; mais, quoi qu’il en serait, nous étions prêts pour l’aventure. William resta en poste à l’entrée avec les vélos.
L’expédition commençait. Sans essayer de me faire comprendre, je donnais directement le petit mot à l’accueil. La femme derrière son guichet héla quelqu’un qui me conduisit dans une salle d’attente au deuxième étage.
Quatre, cinq personnes assises, une secrétaire derrière un bureau. Y avait-il un ordre de passage ? Combien de temps cela allait-il durer ? Et mon homme qui avait besoin de passer aux toilettes… Je regardais autour de moi, puis m’avançais avec retenue vers la secrétaire. Elle lut attentivement le mot, se leva, me demanda de la suivre, traversa un hall, ouvrit une porte…
Nous étions dans le bureau du maire ! Il ne parlait pas un mot d’anglais, elle me fit donc la traduction, avec cette question instantanée : « Qui vous a écrit ce mot ? »… Ce mot, béni !! En l’espace de quelques instants, après deux, trois questions, (combien nous étions, le nombre de jours à rester…), le maire passa deux coups de fil. La secrétaire me donna très rapidement le déroulement de notre « destiné » larisienne : la municipalité tenait à disposition des chambres, où nous aurions également droit à un panier-repas. Nous n’avions qu’à patienter jusqu’à l’arrivée du « coursier » qui nous ouvrirait le chemin, en pétrolette !
Dans la hâte, je dévalais les escaliers pour permettre à mon homme de se soulager. L’attente pouvait durer… Il était 12h45 environs. Quelques dix minutes plus tard, après m’avoir offert une collation, la secrétaire me présenta à un vieux monsieur, me salua en me souhaitant chaleureusement un bon séjour à Larisa…
Nous traversions la ville, entre mobylettes, piétons, chauffeurs un peu fous, pour nous retrouver dans un petit renfoncement d’une ruelle tranquille. La gardienne nous accueillit, peinée de ne pas parler un anglais correct, puis nous montra notre chambre… Il était 13h30. Nous nous installions tranquillement dans un vrai nid douillet avec de vrais lits et une vraie douche (grand bonheur après 5 jours sans !)
Après nous avoir rapporté produits de ménage, shampoing, elle nous ramena deux plats de pommes de terre-poulet, livrés spécialement et encore tout chauds ! « Donne-nous notre pain de ce jour »…
Soit loué Seigneur pour ce pain, donné par Ta grâce et la générosité des hommes !
Notre déjeuné fameusement apprécié, nous faisions la connaissance d’Irène, assistante sociale de la municipalité, revenue exprès l’après-midi, pour nous expliquer quelques modalités de la maison, nous faire signer un papier, nous proposer son aide pour toutes questions quant à notre séjour.
Nous étions lundi, 4 octobre. Les réparations du vélo de William durèrent toute la journée du mardi. Irène, qui nous avait apporté des sablés pour le petit-déjeuner, nous avait proposé de rester le temps que nous avions besoin. Et nous en avions besoin : le manque de sommeil, les articulations en compote, un pseudo-virus ou une crise de foie (depuis un sandwich-secours dévoré le long de la route ; à moins que ce n’était l’unique cône glacé de Grèce, -peut-être mal conditionné et, de toutes évidences, mal digéré-). Nous ne réfléchissions donc pas longtemps pour la décision de prolonger…
Nous sommes jeudi, 7 octobre… il ne pleuvra qu’une fois aujourd’hui, et c’est un tout gros plaisir de venir vers vous, à travers la fenêtre de ce local de la municipalité qui laisse filtrer quelques ondes pour la réception free wifi d’internet ! Toutes nos pensées, toute notre affection vous rejoignent…
ps: on est tombé littéralement amoureux du... café frappé !!!